Miteux ring de boxe, gants usés, public insatisfait et insultant sont les premières images que donne de l’extérieur le personnage de Rocky. Pataud dans ses déplacements, à cause d’un jeu de jambes calamiteux, il en vient à se faire marcher dessus. Mais quand son adversaire lui assène un coup de tête, c’est une décharge pour lui. Sortie de nulle part une rage dévastatrice l’envahie et le voilà lancé tel un bulldozer qui écrase son adversaire. En quelques secondes, le personnage de Rocky se dévoile à nous, une force dévastatrice qu’une latence quasi-léthargique inhibe.

Et c’est sur ce point que le film prend le contrepied de son thème annoncé. En effet, Rocky n’est en aucun cas un film sur la boxe mais un film social qui prend parfois des allures d’autobiographie. Sous les traits de Rocky, on retrouve un Stallone qui incarne à merveille la misère sociale régnant sur Philadelphie. Une ville dont le déclin débuta dans les années 60 suites aux émeutes dues au mouvement des droits civiques qui causèrent une migration (d’environ 13% de la population) et un appauvrissement considérable. C’est dans ce milieu défavorisé et crasseux que vit Rocky, un homme qui joue les gros bras, pour un usurier de seconde zone, à défaut de travail et qui boxe de temps en temps. S’il n’est pas le plus « futé » comme il le dit, il est néanmoins un homme bon qui prend soin de ceux qu’ils croisent. Pour preuve, cette fillette qu’il raccompagne chez elle ou cet ivrogne qui s’est endormi dans les rues glaciales et qu’il porte à l’intérieur d’un bar pour lui éviter l’hypothermie. Pourtant, Rocky traine et son jeu de jambes pataud se retrouve dans sa démarche particulière puisqu’il mime constamment les coups qu’ils donnent sur un ring comme pour garder en lui son reve : devenir un grand boxeur comme son idole Rocky Marciano. Incarnation du reve brisé, Rocky est un symbole qui va au-dela du mythe du « rêve américain » puisqu’il incarne l’homme qui doute, celui qui faute de croire en lui se rabaisse, s’affaisse et que l’on délaisse.

Tout autour de ce contexte déprimant qu’offre Philladelphie, Rocky trouve en Adrian une raison de se battre pour obtenir le meilleur. En effet, la seule lutte vraiment importante durant le film est celle de la confiance que peut avoir l’homme en lui même et non l’issue d’un combat sur un ring. Le seul combat que mène Rocky est contre lui même et plus précisément contre sa tendance à ne pas se donner les moyens de ses ambitions. Rocky n’incarne donc pas le reve américain mais une force morale que chacun peut trouver en lui ou trouver grâce à quelqu’un. En l’occurence, cette force est matérialisée par Adrian, une femme qui comme Rocky s’est toujours laissée faire et n’a jamais cru en elle. Paradoxal couple que ces deux êtres mais de l’union de ces deux paumés naitra un couple sublime qui éblouira le film.

Coté écriture, il faut avouer que Stallone a fait de l’excellent travail. De la subtile et longue caractérisation de son héros en passant à un incident déclencheur qui arrivé tard et qui n’est pas celui que le spectateur imagine, Sly tire un mélange intéressant qui permet à son film d’acquérir une profondeur textuelle pertinente et émouvante.

Rocky est un film surprenant et savamment mis en scène qui propose, en plus d’un bon moment de cinéma, un aspect social qui n’est pas sans rappeler un autre monument Stallonien : Rambo.

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