A la sortie de ce dernier opus signé Tarantino, il n’est pas loin de minuit et les premiers à sortir s’empressent de pousser des gueulantes :

Bordel, je me suis fait chier.

ou encore la palme du gendre idéal :

J’aurai préféré manger avec ta mère en tête à tête pendant 3h.

On pourrait penser que ces avis ne sont pas totalement fondés mais la presse aussi compte des détracteurs de ce film

Les deux premiers tiers du film sont bavards au possible et d’un ennui assez plombant. (…) On a juste envie que ça se termine.

Pourtant les films de Tarantino sont connus pour être des films à dialogues, à l’instar de Pulp Fiction, qui en général ne se limite pas à du blabla mais proposent un fond intéressant. Toujours pour revenir à Pulp Fiction, derrière ses aspects de fausse comédie se cache un film à la structure complexe où l’Amérique et ses travers sont abordés, où les noirs et les blancs s’opposent au travers des duos Butch/Wallace et Vega/Winnfield. Derrière leur aspect foutraque et barré, les films de QT sont bien pensés et offre un fond qui nous touche ou pas mais qui est là. Avec The Hateful Eight, Tarantino propose un western multigenres et ulcraréférencé qui offre au spectateur une richesse visuelle et textuelle interessante.

Crucifié sous la neige, le Christ se dresse en témoin de l’hécatombe à venir. Sous une neige omniprésente, le manteau glaciale va cloisonner huit personnes dans une auberge. Huit êtres que tout semble opposer, huit êtres qui vont devoir cohabiter.

Dans une Amérique toujours traumatisée par le clivage nord/sud que materialise le clivage noir/blanc dans le film, nous suivons John Ruth dit « Le Bourreau » qui escorte Daisy Domergue afin de collecter la prime de 10 000 $ mise sur sa tête et aussi la voir être pendue. Au cours de sa route il va croiser un ancien Major noir incarné par Samuel L.Jackson et aussi un sudiste, futur shérif de la ville où sera pendue Daisy. Ce microcosme sociétal, qui se retrouve réunit au sein d’une diligence le temps d’un voyage offre à Tarantino le loisir de mettre en place le contexte historique du film tout en caractérisant ses personnages de manière brillante et hilarante. Pour preuve, le jeu sur les accents est un délice avec notamment celui de Walton Goggins dont l’exagération provoquera nombre de rires. Il y a aussi l’attitude du couple Daisy/John et les conséquences de leur enchainement avec cette succession de coups que John inflige à Daisy. Et que serait un Tarantino sans son coté gore dont l’outrance sanguinaire provoque le rire ?

L’auberge est quand à elle un véritable théâtre au sein duquel les alliances se font et se défont à l’image de Carnage de Polanski. Le clivage Nord/Sud s’oppose tout d’abord avec la découverte d’un général sudiste puis c’est autour des nouveaux arrivants de s’opposer aux anciens. Toujours juste dans ses transitions, le film sème la confusion dans l’esprit du spectateur qui ne parvient pas à déceler le vrai du faux et encore moins le bien du mal. Car que l’on ne s’y trompe pas le film est un pot de pourris humains qui ne jurent que par la mort et à ce titre le plus démoniaque est sans doute le personnage de Daisy. En effet, elle subit des dizaines de coups et blessures sans jamais être diminuée, elle est même une incarnation du diable et rappelle fortement Sissy Spacek dans le final de Carry avec son visage ensanglantée. Ces alliances s’effritent pour laisser place à de nouveaux duos toujours plus inattendus, les meneurs deviennent rapidement des victimes : offrant au film une gradation ascendante qui porte la tension vers un paroxysme final qui conclut avec brio un labyrinthe de mystères et de faux-semblants.

Que dire de Tarantino derrière la camera si ce n’est qu’il est bluffant de maitrise. Les décors extérieures dressent le tableau dans lequel s’inscrit le film avec brio et les lents mouvements de camera qu’il distille durant les moments clés nous rappelle que même si le film ne fait pas dans la démesure technique, il est dirigé par un homme brillant qui propose un format visuel rare qui renvoit au cinéma d’autrefois (avec un entracte qui permet à tous de faire le point sur la situation avant la dernière ligne droite). De même, en s’entourant de ses plus fidèles collaborateurs : Kurt Russell, Samuel L.Jackson, Tim Roth et Michael Madsen pour ne citer qu’eux, le réalisateur trouve des acteurs à la mesure du projet d’envergure qu’est ce film. Les accents et le comique qu’arrive en insuffler les acteurs portent le film.

The Hateful Eight est une reussite totale, l’un des incontournables de cette année 2016 et surtout un incontournable intemporelle du cinéma. Monsieur Tarantino, merci encore une fois pour ce grand moment et :

>Vive le cinéma.

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