Show me a hero (HBO)

Déjà connu pour ses célèbres séries **The Wire** et **Treme**, David Simon est un scénariste engagé qui a pour thèmes de prédilection l’intégration, les tensions raciales et un enclin . Avec **Show me a Hero**, il s’attaque à une affaire qui secoua l’état de New York et plus précisément la ville de Yonkers en 1987.

Contraint de construire des logements sociaux dans le cadre d’une lutte contre la ségrégation présente dans la ville, la mairie doit faire face à la furia de la population (à majorité BLANCHE) qui est contre ce projet arguant d’arguments racistes et déplacés pour la plupart tels que *la drogue va venir dans nos quartiers*. Tout juste élu, le plus jeune maire de l’histoire **Nick Wasicsko**, qu’interprète à merveille **Oscar Isaac** (Inside Llewyn Davis, A Most Violent Year), doit faire face aux critiques et aux attaques de ses **con-citoyens** et celle du juge en charge de l’affaire.

**Un refus du changement qui cache un mal tenace : le racisme**

Au cours des premiers épisodes, l’accent est mis sur les débats concernant la construction des logements. Une vague impressionnante de protestataires est présente lors des débats rendant les échanges quasiment inaudibles à l’exception des opposants au sein de l’équipe de Wasicsko (nombreux). Déjà une première ombre se présente : il n’y a aucun membre de la communauté noire, qui est la plus concernée, pour les représenter : ils sont tout bonnement encore une fois mis à l’écart ce qui est ironique quand on sait que le projet vise à terme une meilleure intégration de cette communauté.

Entre arguments stupides émis par l’opposition et discussions stériles, la mairie se retrouve dos au mur : si les logements ne sont pas construits la ville sera ruinée la faute à une amende qui s’accroit de jour en jour. De plus, les opposants au sein de la mairie se voient menacés d’être emprisonné s’il ne font pas passer la réforme.

Passionnant et magnifiquement mise en scène, le vote de la reforme est palpitant de bout en bout avec un sommet dans l’épisode trois.

**David Simon : auteur sensible et engagé**

Outre une reconstitution fidèle de l’affaire, David Simon n’oublie pas (contrairement à une partie de la population de Yonkers) de mettre en lumière la population concernée par la reforme. Au travers de quatre portraits, ils distillent la vie difficile de personnes parfois à l’écart de la société sans motifs valables, entre une femme qui commence à perdre la vue mais qui parvient à mener une vie quasiment normale grâce à des enfants dévoués et aimants, une autre plus jeune qui doit mener de front un travail difficile et ses enfants, en passant par une opposante farouche à la reforme qui va se trouver changer par son combat.

L’un des enjeux de la série est de mettre en lumière une menace qui se cache pour mieux avancer : le racisme. C’est au moyen d’arguments stupides tels que la « perte de ce qu’on a construit pendant des années », « ils vont ramener la drogue dans nos beaux quartiers » que ce mal se dissimule bien trop souvent mais que la série énonce haut et fort notamment dans les épisodes 4, 5 et 6.

Assurément la balance entre les discussions pour la réforme, la vie de ces personnes et la mise en avant du racisme sonnent fort grâce à la réalisation efficace de Paul Haggis (**Collision**) et au scénario que ne sombre jamais dans le convenu.

*Montrez moi un héros et je vous écrirais une tragedie*

Clairement cette citation de Francis Scott Fitzgerald fait allusion au combat de Wasicsko, le plus jeune maire de l’histoire des Etats-Unis. Ancien policier reconverti en homme politique, il mène ce combat seul car ses propres collaborateurs pour la plupart des lâches ou des racistes affirmés le délaissent en savourant son échec. Mais peu à peu il se découvre des ressources et un courage pour faire ce qui est juste. La question qui se pose avec ce personnage est sur le fondement de ses motivations car il semble que le jeune Maire soit plus intéressé par sa carrière que part le combat au combien important que représente l’intégration. Il restera dans l’histoire que Wasicsko est un héros çar il a su s’ériger en défenseur d’une cause qui semblait perdue.

Série remarquable, **Show a Hero** catalyse un mal affreux qui ronge encore grandement les Etats-Unis et qui ne semble pas prêt de s’arranger comme le dit David Simon :

>L’integration prend une putain d’éternité.

Publicités

John Rambo (2008)

Les cadavres amassés tels des animaux témoignent de l’horreur dans laquelle baigne la Birmanie. Femmes et enfants ne sont pas épargnés. Les corps putrifiés, mutilés, calcinés semble commun dans le sublime paysage que le soleil tente de faire rayonner. La brume masque l’horreur et vu de haut le pays semble plonger dans la quiétude. Les quelques bateaux qui parcourent les fleuves ne troublent que l’eau et ces occupants ne voient pas en les plus dangereux des serpents un ennemi car ils connaissent le visage du diable.

De Rambo, on retient essentiellement le premier volet qui dresse le portrait d’un homme traumatisé par la guerre du Viet-Nam. Au-delà de ça, l’habile vision qu’apportait Kotcheff aux traumas de la guerre du Vietnam en ne sombrant pas dans la facilité en n’exhibant pas une brutalité pure et dure et offrait à Rambo un aspect social plus que bienvenue. Le monologue finale, où toute la fragilité de Rambo s’exprimait, donnait l’image d’un enfant perdu sans la famille qu’étaient ses frères d’armes. Au sortir des années 80 et sous l’ère Reagan le personnage avait une portée toute trouvée mais qu’advient-il d’un tel homme à notre époque ? Peut-il être un moteur d’idées ou un symbole de lutte contre l’inhumain?

Qu’on se le dise l’apport du personnage que campe Sly n’a aucunement l’attrait d’un héros ou d’un sauveur, il n’est que ce qu’il a tant cherché à fuir. Rambo n’est plus l’enfant torturé qui clamait, dans un final brillant, l’abandon dont il a été victime. C’est un homme changé, une engeance faite et désireuse de violence, une sorte de divinité guerrière. Quand Harpocrate laisse place à la barbarie pure et dure, le premier sang versé n’est qu’un appel à la boucherie la plus sauvage.

Chargé de mener une expression afin de sauver des missionnaires qui pensent pouvoir changer le monde à coup de religion et de pacifisme, Rambo se voit collaborer avec une bande de mercenaires. Pourquoi reprendre les armes ? Pour suivre la belle Julie Benz ? En filigrane, on devine cette motivation mais l’irréalisme d’un tel amour s’inscrit dans la révélation qui sort du basculement morale de la jeune femme. La brutalité régit cette région au bord du chaos et elle n’est la place que d’une seule chose : le génocide pur et simple.

Rambo a versé son dernier sang et celui de milliers d’autres hommes pour offrir une série B qui carbure à l’hyperviolence et la brutalité la plus sanguine qui soit. Au sortir du film, on revoit poindre l’icône Stallone qui s’affranchit de toutes formes de cinéma policés et lisses pour s’offrir un dernier round et entrer au temple de la barbarie.

La CoréeReine

Lento (Youn Sun Nah)

Posture immobile au milieu d’un pont, elle dégage déjà un je-ne-sais-quoi,
Une voix douce nous porte alors vers un autre monde,
Un monde où les cultures se mélangent, où les émotions s’entrechoquent,
Un monde féerique qui repose sur les épaules de la douceur incarnée.

Les acclamations du public se font de plus en fortes en cette nuit Viennoise. Sur une petite scène, une femme lance un timide
> Merci beaucoup.

Elle a les yeux qui brillent de cette lumière qui, plus que n’importe quel mot, évoque l’émotion qu’elle ressent face à son public. Pourtant, elle se lance à l’assaut d’un morceau venu d’ailleurs **Momento Magico** au cours duquel elle va effectuer une démonstration technique au travers notamment des rares respirations qu’offre le morceau. En quelques minutes, elle jongle avec les notes se permettant même un break dubstep dans un dernier souffle héroïque. Alors que le voyage se termine, la clameur du public ne s’y trompe pas en lui offrant une ovation grandiose. Dans les larmes de Youn Sun Nah on lit tellement de choses qu’on ne sait plus où l’on est, ni à quelle époque.

Le morceau précédent n’est qu’un extrait de **Lento**, un album d’une richesse inouïe tant il puise ses influences de part et d’autre du globe. De ses multiples voyages, la chanteuse Coréenne a tiré une richesse vocale qui sonne comme un appel à l’onirisme et au voyage sensoriel. Le morceau *Lento* offre un miroir à la douceur qui émane de la chanteuse que *Lament** balaye en proposant une voix plus forte qui clame haut et fort un message de lutte. Arrive ensuite une reprise venue d’ailleurs, opposée totale des versions de **Johnny Cash** et **Trent Reznor** celle de Youn Sun Nah mêle la fragilité à la déclamation. Avec ce morceau c’est la fracture interne qui est mise en exergue et donne un tout autre versant du texte d’origine qui contraste fortement avec le coté ecorché d’un Cash. Si la facture de beaucoup d’autres morceaux est similaire dans l’idée, chacun se voit conféré un univers different que ce soit par l’ajout d’un instrument ou une approche vocale plus osée. A noter le morceau *Ghost Riders In the Sky* qui a tout l’air d’un pétage de plomb et qui révèle une facette inattendue de la chanteuse, un coté rock et sauvage qui tranche avec le minimalisme affiché jusque là. Terminons par le morceau Arirang, un chant traditionnel qui berce l’auditeur après l’ouragan précédent notamment avec les sons marins en fond.

You Sun Nah mérite bien plus que le modeste texte que je lui offre, elle qui illuminerait même les journées les plus moroses. **Lento** est un voyage qui doit se faire dans la quiétude et qui vous apportera émotion et frisson à n’en pas douter.

Dans ses Yeux (2009)

Dans un théâtre sans forme, j’ai cru reconnaitre ton visage. C’était vraisemblablement un quai de gare où dans ton regard je ne lisais pas un au revoir mais le désespoir. Dans ton regard, j’essai de retrouver la mémoire de ces heures noires où quand tout allait mal, tu étais mon unique espoir.

C’est baigné dans les souvenirs qu’émerge Benjamin Esposito. Il tente de trouver un point d’ancrage pour son roman mais se perd dans des vagues de vagues réminiscences de l’atroce meurtre d’Ilona. Il décide alors de retrouver celle qui était son supérieur à cette époque là, Irene. Enclenchant alors un double récit, Juan José Campanella nous plonge 25 en arrière dans l’argentine de Péron faites de massacres et d’enlèvements. Une époque qui ancre l’histoire dans une atmosphère délétère où un coin de rue est tout juste bon à accueillir la mort. Au milieu de ce chaos émerge entre Irene et Benjamin une chose plus forte qu’une simple attirance, l’espoir dans un amour impossible mais réciproque.

Tour de force technique et émotionnel, le film parvient à jouer sur plusieurs tableaux et offrir au spectateur une richesse rare. Tout d’abord, la réalisation frise la perfection avec notamment un plan séquence tétanique au coeur d’un stade de foot argentin où se mêle la furia du public et celle de la chasse à l’homme. Disséminés de manière habile, des signes imprègnent le récit à l’instar de la couleur orange qui s’immisce dans la quasi-totalité du film : les habits d’Irene, le premier jet du roman de Benjamin, les passants, la lampe de Benjamin. Il faut lire dans cette teinte le besoin de ressentir des émotions oubliées, de raviver un amour perdu dans le temps. Ce constant rappel va de paire avec les plans en biais que propose le réalisateur et qui accentue la décadence de l’époque où tout allait de travers et même le pire des salauds pouvait s’en tirer. Outre cette technique narrative, c’est bien dans l’émotion que l’essentiel du film se joue. La relation entre Irene et Benjamin évoque naturellement l’amour qui se tait car il est une évidence qui se passe de mot. une évidence qui rappelle Lost in Translation de Sofia Coppola mais aussi une évidence qu’il faut taire. Il y aussi le combat d’un homme pour défendre sa femme assassiné sauvagement qui témoigne d’une chose plus forte que l’amour, un combat universelle celui de la passion. Car comme le dit l’attachant personnage de Sandoval

> Un homme peut tout changer dans sa vie mais il ne peut changer sa passion.

Ce combat pour préserver une flamme que beaucoup pense perdu anime l’aventure de Benjamin car au-dela du glaçant dénouement de l’intrigue, c’est bien le retour d’un homme vers sa raison de vivre qui nous est ici raconté.

Juan José Campanella signe ici une oeuvre singulière qui allie à merveille les genres tout en portant au spectateur un coup en plein coeur.

Mon temple du blues : Chapitre 2, Electric Bud.

Sweet Tea (Buddy Guy)

Né en Louisiane, George « Buddy » Guy se tourne dès son plus jeune âge vers la guitare. Il en fabrique une de fortune avec un simple morceau de bois qui lui permet de se lancer dans la musique modestement. Il débarque à 21 ans à Chicago, la ville où se trouve deux de ses idoles qui ne sont autre que les les légendaires Muddy Waters et Howlin’Wolf. Sa carrière débute entre autre avec des albums de qualité enregistré avec Junior Wells et aussi des collaborations avec Muddy Waters, Eric Clapton au travers de live faits de standards du blues. Malheureusement, les années 80 marque une plongée dans une erre noire pour sa musique due à l’émergence d’autre genre musicaux mais aussi à un manque d’inspiration flagrant. Buddy Guy n’a pas eu encore la possibilité de marqué le blues de son empreinte mais la légende va se remettre en selle. En 1989, son club Legend ouvre et il sort le grandiose Damn Right I’ve Got The Blues qui marque son retour et une évolution dans son univers : Buddy Guy change son style pour devenir plus électrique comme si sa guitare avait mutée pour devenir plus agressive. Dès lors il multiplie les albums et les petites pépites. Avec Sweet Tea, Buddy est au summum du blues rock proposant un album sauvage, rutilant et sale.

A l’aube de l’an 2000, le blues rock n’est plus ce qu’il a pu être. De nouveaux artistes ont émergé comme Joe Bonamassa qui apporte sa pierre à l’édifice sans toutefois être encore l’artiste qu’il est aujourd’hui. Décidé à proposer du nouveau dans un genre musical d’apparence sage, il enclenche la marche arrière en enregistrant l’album dans le fin fond du Mississippi pour revenir aux racines du blues. Paradoxalement, l’album est un véritable ovni qui se démarque des productions existantes par sa puissance et sa structure déroutante.

Passé le premier morceau qui sonne le retour du blues classique : une guitare sage et une voix qui vous envoute, on se retrouve transporté ailleurs avec la suite de l’album car le trompeur Buddy Guy enchaine avec Baby Please Don’t Leave Me qui défriserait un mouton. Puissante introduction avec un riff lourd qui vous embarque dans les supplications d’un homme torturé qui crie à celle qu’il aime de ne pas partir. Affichant une durée de 7 minutes le morceau réussit le tour de force de constamment vous capter, vous toucher et vous faire voyager grâce entre autre à un solo Hendrixien. Irrégulier dans ses morceaux, l’album affiche des pistes à la durée très variable avec notamment un morceau de 12 minutes et pourtant le pari est remporté haut la main tant l’album est un sans-faute technique, un tourbillon émotionnel et un continuel bonheur qui se savoure encore plus après plusieurs ecoutes. On pourra évidemment se dire que l’essentiel du disque est fait de reprises mais qu’importe quand on entend la dernier piste inédite qui révèle le talent de son interprète qui parvient avec un piano et des sons gras à créer SON blues.

Buddy Guy l’a fait, il aura mis le temps mais il est une légende du blues au même titre que ses idoles. Capable de rajeunir le blues et de le réinventer, il incarne la modernité du blues rock du haut de ses presque 80 ans.

Mes conseils d’écoutes :

Play The Blues (Feat. Junior Wells)
Blues SInger
Born To Play Guitar

Un extrait pour découvrir la voix du bonhomme :

Damn Right, I’ve Got the Blues

David Simon, le soleil de Baltimore

The Wire (David Simon)

Ancien journaliste du Baltimore SunDavid Simon produit deux livres sur les crimes commis dans sa ville durant ses investigations. Homme engagé et doté d’une vision juste, bien que trop pessimiste selon certains network américains, il propose la série The Wire inspiré de son roman Baltimore. L’objectif initial est de dépasser le modele de la série policière standard (précision : aucune connotation péjorative dans ce propos, j’entends par là qu’il ne veut pas se concentrer sur l’action et les fusillades ou même sur une enquête ) en proposant au spectateur une oeuvre à la frontière du documentaire et de la fiction.

Construite en cinq saisons, The Wire n’est en aucun cas une série qui repose sur des écoutes téléphonique bien que celles-ci soient un moyen de mener l’enquête à son terme. The Wire est une oeuvre complexe dont le but est de mettre en lumière une ville, ses habitants, son fonctionnement et ses institutions. Ainsi le découpage en saison obéit à l’idée de traiter de cinq thèmes :

1- La police et la lutte contre les dealers.
2- Le port de la ville, plateforme tournante de l’économie de la ville et lieu de luttes syndicales féroces.
3 – La police et son fonctionnement avec en toile de fond l’évolution politique de la ville au travers de luttes de pouvoir.
4 – L’école, l’abandon sociale et les élections à la mairie.
5 – La presse et ses mutations dues à l’arrivée d’internet.

Cette volonté de traiter tout les thèmes énoncés est renforcée par l’envie de coller à la réalité. En proposant la traque du gang Barksdale dans la première saison, la série démarre par une approche brutale de la ville où l’on découvre la lutte anti-drogue des deux cotés. Le gang et son fonctionnement sont précisément mis en avant et au travers de l’enquête de la bande à McNulty, composée pour l’essentiel de policiers mis au rebut, nous découvrons en parallèle la vie dans les tours. Une vie morose où la drogue régie la vie des habitants les plus pauvres. Pour autant, pas de manichéisme, les faits sont livrés et c’est au spectateur de se faire son opinion.

La seconde saison est une surprise car on s’éloigne des tours pour découvrir la vie du port de Baltimore. Avec le personnage de Frank Sobotka, la lutte syndicale et le traffic de drogue s’unifient pour offrir à la série une continuité logique tout en dévoilant un pan de la ville laisser à l’abandon.

La troisième saison retourne au coeur de la vie de la police de Baltimore en proposant une plongée dans la vie d’un poste de police. Le major Colvin et sa brigade luttent de leur mieux pour offrir aux citoyens la tranquillité qu’ils sont en droit d’avoir. Tour de force dantesque, l’episode 3 va jusqu’à définir le travail d’un policier avec un discours tout bonnement grandiose qui posera les bases du projet Hamsterdam.

La saison quatre se tourne vers les écoles et plus généralement le sort réservé aux enfants défavorisés. Avec en toile de fond, l’ascension d’un maire aux idéaux qui laissent présager d’une aube nouvelle. Cette saison se focalise sur la vie d’un groupe d’enfants confronté aux ravages perpétrés par les luttes des saisons précédentes.

La cinquième saison, plus courte avec seulement 10 épisodes, offre une vision de l’évolution du journalisme à Baltimore tout en balayant les promesses du nouveau maire au rang de mensonge. Détruite, la police n’est plus qu’une façade qui ne peut plus remplir sa fonction.

Au coeur de chacune des saisons, les thématiques sont nombreuses et le descriptif sommaire ci-dessus n’est qu’un aperçu. The Wire offre une vision sans concession de la vie, d’un système agonisant dans lequel peut importe ce que vous faites, le bien que vous faites : le mal vous rattrape toujours. L’image de sauveur que porte le Maire Carcetti en est une illustration parfaite, lui qui arrive le coeur porté par une lutte profonde d’humanisme se heurte à la dureté de la vie politique. Une vie faite de coups bas, de mensonges, de trahisons et de pots de vin mais en aucun cas cette vie ne se focalise sur son but premier : améliorer la vie dans la ville et tenir ses promesses. Il y a aussi cette guerre des chiffres au sein de la police, mise en avant dès la saison 3, qui contraint les policiers à se saborder en effectuant des arrestations mineures et sans intérêt au lieu de mener des enquêtes de grandes ampleurs. L’abandon scolaire et social dont la saison 4 se veut le révélateur est aussi navrant que réaliste. Faire passer des élèves dans des classes supérieurs alors qu’ils n’ont pas les capacités élémentaires requises, trafiquer des tests scolaires pour faire bonne figure et donner l’impression que le système fait son travail. La gangrène s’installe dans Baltimore et il ne semble pas y avoir de changement à venir car personne ne peut agir.

The Wire offre aussi un panel de personnages ahurissant. Que ce soit Bubs dont l’évolution au cours des saisons est un fil rouge qui contraste avec la pente descendante dans laquelle glisse la série, ou encore Jimmy McNulty qui se donne corps et âme à son travail au point d’en négliger tout le reste. En passant par Bunk, B, Avon, Bunny, Snoop, Lester, Kima, Herc, Carv, Omar et beaucoup d’autres qui apportent à la série des émotions diverses et variées puis vous attachent, paradoxalement, à ce monde sombre et morose. Bien que d’un réalisme totale, la série n’oublie pas pour autant le coté émotionnel en offrant des passages poignants comme le discours de Bubs dans la saison 4, qui s’il est mis en lien avec l’évolution du personnage, ne manquera pas d’emouvoir. Il y a aussi la relation des père et fils Sobodtka qui apporte à la saison 2 une dimension drame familiale que l’on retrouve aussi chez les Barksdale. Les passages percutants sont aussi légion à l’instar du discours de Colvin lorsqu’il définit le travail d’un policier, le discours de Carcetti face aux mensonges éhontés du Major Rawls et du commissaire Burrell ou encore la démonstration d’Omar lors de son témoignage.

L’éloquence est sans nul doute la force principale dans l’écriture de David Simon tant elle laisse entrevoir l’humanisme qui émane de cet homme.

Qu’on se le dise : The Wire n’est pas une série, c’est un miroir sociétal, sans aucun égal, une oeuvre d’art portée par un génie en la personne de David Simon.

Sympathy for Mr.Vengeance (2002)

L’union d’un frère et d’une soeur ouvre le bal poétique et frénétique au cours duquel le coréen sanglant va introniser sa désormais cultissime trilogie de la vengeance. Posté sur le toit d’un immeuble, l’immuable duo que forme Ryu et sa soeur comble notre coeur avec leur bonheur communiquant. Sur fond d’un texte larmoyant, le cadre se pose avec un homme sourd et muet à qui une radio locale offre la parole.

Porté par un fond de vengeance croisée, ce premier volet ne saurai être résumé à une simple vendetta aveuglée par le chagrin tant les thématiques sociales se croisent dans le film. A commencer par les conditions de travail infernales infligées aux ouvriers qui manipulent des matériaux dangereux toutes la journées dans des locaux inadaptés et qui se font virer sans reconnaissance aucune. Puis il y a l’impact de la crise économique qui frappe tout les protagonistes, Ryu bien sur mais aussi les membres des forces de l’ordre à l’instar de ce policier qui n’a pas d’argent pour pouvoir soigner son enfant malade en attente d’une greffe. On en arrive alors au point central du film qui déclenche tout : le traffic d’organes. Gangrène qui touche de nombreux pays d’Asie, comme la Chine ou encore la Corée du Sud, et qui conjuguée à une crise économique devient le terrain de trafiquants en tout genre à l’affut de personnes désespérées.

Un second aspect que développe le film est la relation familiale. En commençant par le duo formé par le frère et la soeur, les divers événements du film entraine des mutations de cette mini-famille qui accueille une jeune fille formant ainsi un trio beau à voir comme en témoigne la scène où Ryu récupère son argent et joue avec la petite fille. On ne peut aussi s’empêcher de voir le regret dans les choix des protagonistes qui tentent par tout les moyens de sauver leurs proches quitte à ne plus du tout passer du temps avec eux. C’est sans doute le plus dur dans la perte d’un être cher, le regret de ne pas avoir été là dans les derniers instants et le film s’attache à mettre cela en valeur en étant un peu timide à mon goût.

Techniquement, nous sommes en présence de l’opposé complet d’Old Boy. Privilégiant le plan fixe (à l’exception de quelques scènes motrices de l’intrigue où la caméra se mue légèrement), Park Chan-Wook nous offre une succession de tableaux où le poétique pointe toujours le bout de son nez. Pour exemple, les scènes du lac ou encore la scène d’introduction. Offrant aussi une musique dérageante, le film ne manque pas de créer une ambiance particulière qui profite d’un montage remarquable.

S’il n’est pas le volet le plus marquant de la trilogie, ce film ne démérite pas tant il se démarque par sa structure inédite.

Mon temple du blues : Chapitre 1, Muddy soit-il!

Electric Mud (Muddy Waters)

Muddy Waters est sans conteste l’un des artistes de blues les plus influents qui soit. De son premier enregistrement en 1940 (dans une plantation du delta du Mississippi) à l’arrivée de l’ovni musical Electric Mud il ne cessera d’apporter sa touche au blues. En effet, c’est en abandonnant la guitare acoustique au profit de la guitare électrique qu’il créera l’émergence d’un genre le Blues Rock popularisé entre autres par Eric Clapton ou encore les Rolling Stones. Muddy de son vrai nom McKinley Morganfieldse distingue par sa voix reconnaissable entre mille. Une signature vocale qu’il obtient grâce à un travail spécifique en déformant volontairement sa bouche pour obtenir la sonorité désirée. Il accompagne ses morceaux la plupart du temps de solos puissants et électriques.

Au cours de sa longue carrière il publiera un grand nombre d’albums mais s’il y en a un qui a une saveur particulière c’est bien Electric Mud (Electric ne faisant pas référence à l’utilisation de guitare électrique qui date de l’arrivée de Muddy dans le label Chess Record). Au tournant de la fin des années 60, l’émergence du rock psychédélique pousse Marshall Chess à vouloir faire enregistrer à Muddy Waters le premier album de blues psyché. Un pari fou que cet album expérimental qui utilise des outils tels que la pédale wah-wah (nom donné à cet objet car il déforme le son suivant la fréquence d’une voix humaine prononçant la syllabe Oua) et aussi la distorsion. A sa sortie l’album sera décrié aux Etats-Unis pour son coté psyché mais aura le droit à un bel accueil en Angleterre.

Composé de seulement 8 pistes, l’album commence fort avec le morceau I Just Want to Make Love to You. Distorsions et solo délirant ponctuent le morceaux avec une gradation ascendante qui se lit dans la voix mais aussi dans l’évolution du son qui se fait plus pressant et plus électrique. Le second morceau lui tranche avec une amorce plus légère (avec tout de meme des distorsions toujours plus présentes). S’ensuit une reprise originale des Stones (groupe qui doit son nom à Muddy avec le morceau Rollin Stones) avec le morceau Let’s Spend The Night Together qui installe l’album encore plus dans l’originalité puisque la version d’origine est méconnaissable sous les traits psyché insufflés par Muddy.

Arrivé comme une bombe en 1968, l’album marqua le retour de la légende du blues qu’est Muddy en l’intronisant comme un précurseur d’un genre (et en réalité d’une multitude de sous-genre du blues) qui continue aujourd’hui de prospérer sous son influence toujours sous-jacente.

Muddy Waters est le King du blues, ni plus ni moins.

Mes conseils d’écoutes :

-Hard Again
-I’m Ready
-After The Rain

Un extrait pour découvrir la voix du bonhomme :

Le morceau qui a nommé les Rolling Stones

Valse avec Bachir (2008)

L’ocre apocalypse se dessine dans le ciel du Liban. Toutes les défenses ont cèdré et une meute de chiens avides de chairs et de sang déboule dans les rues. Symbole du vague et du mystique, cette déferlante de violence ancre le film dans la terreur. Masque de la peur, le visage d’un homme témoigne du chaos et nous plonge au coeur de ce que certains appellent la science des rêves. Alors que peu à peu nous abandonnons tout espoir, le film bascule vers le visage d’un homme fatigué dans un bar, celui même qui avait peur est maintenant las. Ce bar où deux amis discutent avec un calme qui tranche avec la scène précédente offrant un contraste qui frôle l’oubli de cette terreur.

L’homme à qui est conté le rêve se nomme Ari. Il va redécouvrir des événements enfouis au plus profond de sa conscience qui vont le renvoyer au Liban en 1982. Au cours d’une guerre dont il ne mesurait pas la portée, une guerre dont il ne comprenait pas les ressorts, une guerre où il n’avait pas sa place.

De ce duo de scènes introductives effarantes de technique et beauté, la dualité du film d’Ari Folman se pose pour nous amener vers un voyage dans le temps et dans la conscience de l’homme.

A mi-chemin entre le documentaire et la chronique, le film tire sa force des entretiens successifs menés par Ari qui le conduise à des découvertes insoupçonnées. Entre les multiples fragments qui sont récupérés au cours du film, il recrée sa guerre et ses souvenirs. Thématique intelligemment amenée grâce aux analyses de rêves proposées dans le film, on parvient à comprendre ce qui amène ses rêves, ce qui déclenche (en substance) l’oubli de ces événements chez Ari.

C’est sur ce point que la forme et le fond du film se joignent pour produire une oeuvre unique et qui touche le spectateur. En effet, derrière la symbolique et le fantastique amenés par les multiples rêves et scènes surréalistes se cache le trauma du soldat. La perte de repère et de mémoire devant l’horreur que symbolisent un enfant avec un bazooka, une ruelle bouchée de l’intérieur par des cadavres, mettent en avant une peur panique d’une pratique qui rappellent une autre horreur qu’Ari a en tête : la Shoah.

Délaissant son coté rêverie dans le final, le film bascule dans le réel et crée l’effroi chez le spectateur. En montrant des images réels de femmes pleurant leurs enfants, d’enfants assassinés, de corps entassés qui pourrissent dans les rues, le film nous rappelle à l’ordre : ceci n’est pas un rêve mais bel et bien la réalité.

Bigger Than Hip-Hop

Let’s Get Free (Dead Prez)

Comme un bourdonnement sourd et lancinant, le premier son qui sort du morceau Hip-Hop fait tout oublier. Il n’y a plus rien qui compte seulement les mots qui dans le perpétuel et intraitable bourdonnement résonne plus fort.

It’s bigger than Hip-Hop

Dead Prez , un nom faisant référence aux présidents morts que l’on trouve sur les billets américains, sort de l’imaginaire et l’union de M-1 et stic.man, deux étudiants qui se sont rencontrés en Floride durant leurs études. Unis par des liens qui depassent la simple amitié puisque les deux compères partagent une vision politique et un engagement commun. Une vision que la difficile vie qu’on connu les deux hommes renforcent et enfoncent dans un combat où le Hip-Hop est l’arme dont il s’équipe. Sorti en 2000, Let’s Get Free est le premier album du groupe… et quel album. En clamant que leur son est « est plus que du Hip-Hop », DP ne pouvait être plus juste. Comme un cri de ralliement, la pochette, qui fait référence à la conférence Tricontinentale de La Havane en 1966, appelle à l’union de tous les opprimés, les exploités et les oubliés. Le retour au rap conscient est là en 17 morceaux tous plus incisifs les uns que les autres, tous plus engagés les uns que les autres avec pour leitmotiv :

It’s bigger than hip-hop

Plus grand que le Hip-Hop car le groupe se refuse à être considéré comme certains artistes qu’ils dénoncent. DP veut montrer que la musique permet autre chose, une élévation textuelle et contextuelle : une arme de dénonciation massive. Ecole, politique, conformisme, abandon social, racisme, violence policière sont abordés et dénoncés. Pour exemple, le morceau They School n’y va par quatre chemins pour envoyer valser le système éducatif dont le fonctionnement est trop formaté et « n’enseigne rien qui soit utile…par exemple, comment empêcher la police de nous tuer». Ce système américain qui fragilise la population noire se retrouve dans le terme qui désigne les cités aux Etats-Unis projects et que martèlent les deux rappeurs.

PARLER DE PROJET POUR QUELQUE CHOSE FAIT DE CONCRET (Béton en anglais) EST UNE ABERATION.

On mets les gens en boite en espérant qu’en les délaissant non instruit et sans une chance de s’en sortir tout ira bien : les mots de DP font échos aux propos d’un certain David Simon (voir les séries The Wire et Show Me A Hero qui tirent le même constat alarmant).

It’s bigger than hip-hop

Oui car l’on n’est pas seulement dans la démonstration d’un savoir faire instrumental et d’un flow maitrisé. Let’s Get Free est guidé par une idée générale brillante et qui répond avec force au pseudo-rap que l’on peut écouter à la radio. Se posant en digne héritier des plus grand noms du rap conscient Dead Prez s’érige comme un pilier, un étendard d’une lutte qui continue et continuera toujours.

Let’s Get Free is bigger than Hip-Hop.