Miller’s Crossing (1990)

Dans l’importante collection des films estampillés Coen, trois films se dégagent à mes yeux. Le premier est The Big Lebowski pour les raisons évoquées dans ma critique. Le second est Barton Fink pour son écriture radicale. Le dernier qui est sans doute l’un des moins évoquée quand on parle des deux frères est Miller’s Crossing tant il parvient à surprendre de part son approche singulière du film de gangster.

Durant la prohibition, la mafia irlandaise règne sur une ville américaine par le biais du puissant Leo (Albert Finney) aidé de son bras droit (et protagoniste central du film) Tom (Gabriel Byrne). Un différent entre un gangster italien Johnny Caspar et un certain Bernie (John Turturro) crée une rupture dans l’hégémonie de Tom, enclenchant une guerre.

L’introduction du film donne déjà matière à réflexion car elle offre un point de vue singulier. Elle commence par l’échange entre Johnny et Leo qui amènera une guerre des gangs. Ensuite, il y a cette forêt que l’on parcours comme si nous étions allongé dos contre terre, offrant un angle de vue se voulant sans doute être celui d’un cadavre. Et enfin, il y a ce chapeau posé à même le sol donc on ne sait pas qu’il va être d’une importance capital pour la suite. On pourrait penser que ces éléments, présentés de la sorte, annonce la volonté du film de dépasser le cadre dans lequel on l’inscrirait de prime abord.

Il faut, en effet, voir dans ce Miller’s Crossing bien plus qu’un film de gangster. Bien entendu, les sublimes fusillades (celle se déroulant chez Leo est absolument magnifique d’intensité et de part son dénouement) et situations inhérentes au genre sont de la partie : kidnapping, interrogatoires musclés et trahisons. La fabuleuse galerie de sales trognes offertes apportent au film un humour noir particulièrement savoureux. On pense à l’excellent John Turturro, à l’arrogant Albert FInney ou encore à la courte, mais délicieuse, apparition de Steve Buscemi. Il y a aussi les membres de la famille de Johnny, tous plus caricaturaux les uns que les autres. C’est d’ailleurs cette volonté de se moquer de ses personnages qui permet de montrer que le véritable propos du film se trouve dans la trajectoire de l’homme au chapeau : Tom.

En effet, ce dernier se révèle être très ambiguë dans sa façon d’agir. Tout d’abord, bras droit de Leo, il se détache ensuite de lui pour échafauder un plan démoniaque qui bouclera  pour lui un pan de sa vie. Les motivations de Tom restent assez floues durant l’essentiel du film même si son désaccord avec Leo catalyse deux points essentiels : la perte de confiance entre les deux hommes et l’arrogance grandissante de Leo. Faut-il alors voir dans Miller’s Crossing autre chose qu’un diable qui manipule les gens pour parvenir à ses fins ?

La réponse est clairement oui. Tom est un symbole, celui du malin qui, incapable de se faire violence, se réfugie derrière son intelligence pour survivre dans un monde où les plus armés font la loi. Cette portée symbolique est révélée par cette introduction où le chapeau perdu dans les bois nous fait ensuite voir les choses sous les traits d’un cadavre que l’on déplace. Miller’s Crossing est alors la croisée des chemins des hommes perdus qui ont besoin qu’on le rappelle où est leur force et pouvoir ainsi la révéler. L’ultime scène du film en est une illustration parfaite car en voyant Tom réajuster son chapeau et lancer un regard au loin, on comprend que son ambition grandit et le mènera sans doute vers la position suprême. Il est d’ailleurs à souligner que rarement dans le film, Tom quittera son chapeau. Le plus marquant étant la scène où il saute par une fenêtre sans chaussure et vêtu légèrement mais en prenant le soin de mettre un chapeau. Plus qu’un accessoire, le chapeau définit l’homme à cette époque. Il est l’équivalent de la mitraillette pour ceux qui n’ont pas le courage de se salir les mains. Miller’s Crossing se révèle alors etre un film sur l’affirmation et le détachement. Leo étant une figure paternel pour Tom de laquelle se dernier se défait en s’affirmant comme un survivant solitaire (il le disait d’ailleurs au début du film en refusant que ses dettes soient épongées par Leo).

Outre cette vision symbolique, le film se distingue par une photographie imposante de par les décalages qu’elles créent. On pense au bureau du maire où la petitesse de Johnny Capsar est accentuée et le rend pathétique. Ou encore, cette scène ultra violente où un danois se fait tuer de manière atroce dans une pièce surdimensionnée où les travelling viennent apportés une dramaturgie intense. La réalisation de son côté invoque la poésie avec ses lents travelling mais aussi les renversements avec les scènes de descente de police où l’éclairage et l’angle de vue sont renversés pour nous signifier que le vent tourne (dans le bon ou le mauvais sens). Souvent subltile mais toujours sublime, la plastique du film rappelle parfois la fournaise cloisonnante de Barton Fink et veut nous prendre au piège au détour des tortueux chemins pris par Tom.

En inssuflant à leur film les codes d’un genre pour mieux s’en détacher par la suite, les frères Coen signe une oeurvre remarquable de beauté et d’intensité. Miller’s Crossing est à mes yeux l’une de leurs plus belles réussites.

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Network (1976)

La carrière de Sydney Lumet est de celles qui font l’histoire du cinéma. À la fois riche, variée et visionnaire, elle n’a de cesse de nous surprendre au cours de sa découverte. À cela se rajoute l’excellent livre Faire un film, écrit par Lumet, et qui nous fait redécouvrir ses films (et le cinéma) sous un jour nouveau. Avec Network, il s’attaque aux médias au travers d’un propos qui rappelle Un Après-Midi de Chien.

Howard Beale est un animateur comme il y en a des milliers et, en se faisant licencier, il déclenche à l’antenne une tornade en annonçant son suicide en direct. Ce qui devait être un événement sinistre se transforme en une attraction puis, peu à peu, en une machine à audimat.

Comme à son habitude, Lumet délaisse les effets pour offrir un film à l’aspect documentaire. L’austérité visuelle du film est cependant à pondérer car, comme il le disait lui-même, Lumet préfère fondre ses trouvailles visuelles au coeur de son oeuvre sans qu’elle donne l’aspect d’un artifice dispensable. Le film se découpe ainsi entre la folle destinée de Beale, les tractations des dirigeants (notamment l’excellent Robert Duvall à la rage saisissante) et la destruction de couples aux relations vouées à la rupture. Cette richesse dans les personnages et la trame apportent au film un levier dramatique pertinent car au milieu de ce déchaînement médiatique c’est bien l’homme qui reste au coeur du propos.

En effet, Lumet compose avec ses personnages une trame qui les embarque dans un voyage face à leurs doutes et leurs craintes (la solitude de Faye Dunaway, le désespoir de Beale..). À cela s’ajoute cette frénésie médiatique qui s’empare des habitants par le biais de Beale devenu prédicateur et gourou télévisuel. Cette toute puissance qui lui revient reflète notre société où les médias dictent leur comportement aux gens et hissent les gens aux rangs de célébrités sans raison valable. Cette invitation d’Howard à hurler :

« I am mad as hell, and I’m not gonna take it anymore ».

Suivi par des millions de personnes, il parvient à imposer ses propos comme des mantras qu’une foule avide boit comme si ces paroles étaient la solution à tous leurs problèmes. On notera d’ailleurs la proximité dans le traitement avec Un Après-Midi de Chien, où la population se masse pour écouter les propos du présentateur comme la foule attendait Sonny devant la banque et l’acclamait quand il proclamait « Attica ». L’autre aspect développé est la corruption médiatique des luttes au travers de ce groupe de libération qui se transforme, au cours d’une scène surréaliste et tendue, en une société de production guidée, non plus par la lutte mais par l’argent. Comment alors ne pas être convaincu par les sombres propos lors de la rencontre entre Ned Beatty et Howard Beale :

« the world is a business »

Cette scène concentre toute la technique nécessaire à la rendre mythique. Il y a pour commencer cette éclairage naturel dont les lumières vertes apportent un aspect mystique que l’énorme voix de Beatty habille à la perfection. Il y a enfin le propos qui réduit le monde au commerce faisant fi de toutes considérations humanistes. Si on pourrait critiquer ce propos dans sa globalité, sa pertinence est indéniable et sonne comme une synthèse du film.

Network est un film majeur dans la filmographie de son réalisateur mais aussi pour le cinéma. Trop souvent oublié comme peut l’être Le Prêteur sur Gage ou Point Limite, il n’en demeure pas moins un grand film prémonitoire qui sonne aujourd’hui comme un miroir de notre société.

Réveil dans la terreur (1971)

L’outback australien nourrit le cinema de manière rare. Cependant, quand il le fait, il s’en trouve magnifié. On pense au poétique western The Proposition de John Hilcoat mais aussi au glaçant Réveil dans la Terreur de Ted Kotcheff, celui-là même qui réalisera onze ans après (en 1982), un des monuments sociaux-stallonien du cinéma, le cultissime Rambo. Avec Réveil dans la terreur, c’est dans la folie autodestructrice de l’homme qu’il nous plonge, un puit sans fond dans lequel on sombre aussi rapidement que brutalement.

Enseignant peu passionné par son travail, John Grant (campé par Gary Bond), se prépare à des vacances qui vont enfin l’éloigner du désert humain et social qu’est la ville de Timboonda. Il se retrouve coincé dans la ville de Buddanyabba (appelée Yabba par les locaux) pour une nuit. Il ne sait pas encore que son séjour va être plus long que prévu.

Clairement, les terres australiennes sont un exemple parfait de disparités sociales. Celles-ci s’affichent de manière immédiate dans les premiers instants avec ce désert perturbé par la seule présence d’une voie ferrée. Symbole d’une interconnexion sociale d’apparence, cette voie disparait quand la classe de John se révèle par un travelling latéral. D’une part, c’est une classe commune à tous les âges et d’autre part, elle est en proie à un mutisme complet. C’est le dernier jour de classe et John affiche un mépris total pour ses élèves, preuve qu’il se sent supérieur à cette « populace » de l’outback.

C’est alors que son périple l’emmène à Yabba, un lieu qui ne ressemble à nul autre et qui donne le tournis. En effet, la ville semble à l’abandon car tous ses commerces sont fermés. Pourtant, John réussit à entrer dans un bar dans lequel s’est entassée toute la ville. La bière coule à flot, les jeux d’argent sont légion à tel point que l’on se croirait à Las Vegas. Abordé par un Shérif qui le pousse à boire, John se laisse peu à peu entrainer dans une descente d’alcool mécanique et va jusqu’à perdre tout son argent signant ainsi sa perte. Cette rencontre du représentant de la loi donne le ton : Yabba est une zone hors-la-loi où le code de conduite est créée par les habitants.

On pourrait décortiquer toutes les scènes de ce film et y trouver une myriade de symboles renvoyant au thème central du film : la violence de l’homme envers lui même et ceux qui l’entourent. Tout commence par ce train où la ségrégation, partie aussi affreuse qu’impossible à oublier, est toujours en place avec cet homme noir assis seul par opposition à un groupe d’hommes blancs vociférant bruyamment. Les aspects négatifs que dévoile le film sont nombreux et toujours prompts à rappeler les démons qui rongent l’Australie. On retrouve ainsi le piétinement de la terre avec ces chasseurs de kangourous qui se montrent, non seulement être des meurtriers, particulièrement violents en torturant ses pauvres animaux innocents. Cette cruauté est d’ailleurs d’autant plus puissante quand on découvre que les images de la chasse sont de vraies images (elles ont été filmé durant de véritables sessions de chasse). Symptomatique du non-respect de ce pays par certains habitants, ces images heurtent la sensibilité et marquent les esprits comme d’ailleurs la lente décrépitude dans laquelle sombre John.

Enchainant les demis, il se retrouve rapidement adopté par les locaux. Au gré de rencontres hasardeuses et atypiques, John se confrontent à des gens qui semblent tous plus fous les uns que les autres. Entre le shérif alcoolique, le docteur à la personnalité tortueuse de complexité ou encore l’unique personnage féminin voguant dans une crise existentielle profonde, tous sont des symboles de cette haine et violence que le film fait tournoyer pour mieux nous atteindre. En effet, l’alcoolisme auquel sont voués tous les hommes de Yabba renvoie naturellement à la vacuité de leurs existences. Dans ces terres perdues et délaissées, les habitants ne semblent pas vouloir se donner une chance d’être et préfèrent se confondre dans une vie sans aucune retenue faite de violence et de haine.

A titre d’illustration, la réalisation de Ted Kotcheff brille par sa nature symbolique. Les éclairages jouent un rôle primordial : cette lumière est celle qui éclaire John quant à sa nature profonde. Lors qu’une lampe éblouit le spectateur, un visage est ensuite offert comme un miroir de ce héros perdu. Le découpage particulièrement ingénieux fait place aux inserts de souvenirs et aux coupes franches, permettant de mieux marquer l’évolution du rapport au monde de Yabba. Le travail du son contribue grandement à faire de Yabba un lieu mystique, une sorte de source qui révèle les êtres  eux-même.

Aussi sublime qu’éprouvant car anxiogène et pessimiste, Réveil dans la terreur renvoie l’Homme – par l’intermédiaire de John – à sa véritable nature : un être méprisable et rempli de haine.

Les forbans de la nuit (1950)

Harry Fabian est un escroc sans envergure. A le voir errer et fendre la nuit d’une ville endormie comme un ahuri, on comprend rapidement qu’il n’a pas les idées claires. La fortune sourit aux audacieux dit-on…Ici, Jules Dassin nous montre qu’elle peut sourire à des êtres plus faibles mais que le retour de bâton est inévitable et sans appel. 

En quelques instants, Jules Dassin assoie le désespoir de son héros quand celui-ci se jette chez sa bien aimée Mary (incarnée par la solaire Gene Tierney). Des idées jaillissent de son esprit en quête de LA combine qui le rendra riche et important. L’avidité de notre héros entre en collision avec une ville sur laquelle la nuit règne (le titre original est Night and the City) et plonge les plus précaires dans des situations périlleuses. Aux soirées fastes des plus aisées, les laissés pour comptes ne répondent que par un espoir quotidien d’un accès à la dignité et surtout à la reconnaissance. Un constat toujours d’actualité dans notre société et qui fait écho dans le film à une société en chasse de personnes qu’elle juge indésirables (nous sommes dans les années d’exil du réalisateur).

Les forbans de la nuit est un film noir mais se focalise aussi sur le sport par le biais de la lutte gréco-romaine que Harry tente de remettre en lumière grâce à une gloire du sport tombée dans l’oubli, le colosse Gregorius. Au désespoir de Harry, cette opportunité solide et prometteuse offre une échappatoire mais ouvre évidemment la voix à la jalousie et aux règlements de comptes inhérents au genre noir. Concernant son écriture et son rythme, le film est solide faisant montre d’une gestion remarquable de sa réalisation astucieuse et suggestive. En effet, outre des plans larges qui montrent le piège qu’est une grande ville la nuit pour les faibles, le film offre plusieurs idées interessantes. Il y a tout d’abord les nombreux gros plans sur les protagonistes qui marquent les grands changements de l’intrigue (on pense au moment où Harry pense au projet de la lutte ou encore à ses errements dans le final). On pense au visage de Gregorious le lutteur, une vraie gueule de cinéma, dont les gros plans accentuent la force et le charisme. Un autre exemple est les nombreuses contre-plongée offertes durant les courses poursuites dont on soulignera l’impeccable gestion tant la lisibilité et l’intensité sont exemplaires. Si un élément devait se démarquer ce serait naturellement la photographie du film et la splendeur du noir et blanc proposé. Enchevêtrement de teintes variant de la noirceur synonyme de peur ou danger en passant par le gris du trouble et la blancheur dont la pureté est celle du sport que veut promouvoir Harry, le film est un ballet oculaire dont on ne cesse d’être émerveillé. C’est simple, on est constamment surpris par de petits détails visuels qui enrichissent la narration et renouvellent des situations déjà vus dans d’autres films du genre (on pense notamment à une étrange parenté avec l’immense Le troisième homme de Carol Reed). 

Les forbans de la nuit doit être vu et revu pour son grandiose interprète Richard Widmark et le travail technique grandiose effectué. Un film noir à la richesse rare et à l’intensité palpable, de ceux qui font la renommée du genre.

Outlaw King (2018)

Récemment, David MacKenzie a déjà évoqué le hors-la-loi au sens large avec son brillant Comancheria (à voir d’urgence) et avait deja montré son talent avec le brutal Les poings contre les murs. Il revient ici avec en tête d’affiche l’Ecosse, sa brume et son Game of Trone post Braveheart. 

L’Ecosse est ici sous le joug d’un roi contesté avec en leader de cette révolte Robert Le Bruce (campé par l’excellent Chris Pine qui montre encore une fois son meilleur visage après Comancheria). Il s’agit d’évoquer son combat et ses sacrifices pour parvenir à reprendre un trône longtemps convoité mais qui parait difficilement atteignable pour les siens.

Le choix fait ici est d’évoquer la naissance d’un roi au travers du personnage de Bruce. Il est question de sacrifices et de ce qui fait les grands rois mais aussi de ce qui définit  la royauté au sens noble du terme (et en opposition avec la tyrannie). En effet, outre les menaces pesantes sur sa famille chacun de ses alliés et proches sont traqués puis abattus de la manière la plus abjecte possible. On notera d’ailleurs un choix net au regard de la violence pour laquelle MacKenzie ne fait aucune concession et montre tout. Un choix judicieux permettant de retranscrire la terreur qui pouvait régner. Les diverses attaques et avancées narratives évoquent clairement le choix inhérent à une révolte :  du sang et des larmes. 

Côté réalisation, on saluera tout d’abord la photographie léchée qui magnifie une terre écossaise comme rarement au cinéma. De la brume matinale en passant par des falaises vertigineuses, le film est un balai visuel qui se poursuit lors des phases de combats. Lisibles et nerveuses, elles se démarquent par leur âpreté et brutalité. Les teintes maussades  et l’ambiance créées apportent au film un profond mélange de mélancolie et de poésie qui ne parvient ps hélas à élever le niveau global du film. Dans sa globalité, le film séduit la rétine et parvient à surprendre comme ce plan sur le bateau rappelant vaguement un certain Aguirre..

En effet, si l’habillage et certaines séquences valent le détour (le trébuchet en introduction marque l’ampleur de la terreur en quelques secondes), le film est globalement peu intéressant. Pour plusieurs raisons mais la principale et le classicisme de sa trame et son manque de profondeur. Le personnage de Le Bruce est peu creusé et aurait mérité plus de profondeur émotionnel tout comme le personnage de la solaire Florence Pugh. Là où on aurait aimer de la surprise et du grandiose, le film nous sert du déjà vu et cela s’avère décevant quand on connait le talent de son réalisateur.

Sans être mauvais, Outlaw King reste un film banal qui ne marquera pas mais permettra de passer un bon moment.

The Predator (2018) 

Quand la première victime du film d’origine passe derrière la camera pour ce nouvel opus, les yeux des nostalgiques brillent. Shane Black est un nom qui évoque des oeuvres comme L’Arme Fatale, Last Action Hero ou encore  The Nice Guys récemment. Cet homme incarne l’esprit du cinéma des années 90 avec son cocktail détonnant d’action et d’humour. Dire que ce The Predator suscitait de l’attente est un euphémisme.

On attaque d’emblée avec une envolée spatiale qui provoque l’arrivée d’un Predator sur terre et sa rencontre avec des militaires sur-entrainés. La trame narrative se réduit à une simple course-poursuite entre un Alien tueur et un homme prêt à tout pour sauver son fils. D’apparence microscopique, le scénario se révèle astucieux à bien des égards et peu avare en dialogues hilarants. Pour exemple on prendra cette réplique :

Ostensiblement, Forrest Gump n’a qu’à lire la boite pour savoir ce qu’il y a à l’intérieur

Ou encore : 

l’alien c’est Woopy Goldberg

Un humour qui nait d’une bande qui se forme sur le tard. Une bande de dingues qui, si elle n’est pas parfaite, garantie son lot de situations drôles et de fusillades rythmées. On notera d’ailleurs de belles idées durant celles-ci comme ce chien Alien qui sera tout du long considéré comme un chien humain ou encore le sacrifice de deux compagnons à bout portant et filmé de manière élégante. Le film parvient à alterner entre la poursuite et les combats avec un sens du rythme plutôt bon et des vannes qui sortent de manière naturelle en faisant mouche très souvent. Ce nouveau Predator porte donc indéniablement la patte Shane Black, cet alliage qui fit la renommée de Riggs et Murtaugh, de Jack Slater. Ces héros de films que l’on revoit avec un plaisir intact et le sourire aux lèvres.

Bien entendu, la générosité du film et sa volonté de raviver l’esprit d’antan ne suffisent à en faire une réussite complète. En effet, les personnes peu travaillés et certaines répliques un peu réchauffées plombent le film sur la durée. Les relations familiales et la formation d’une escouade de barjos sont faites de manière trop rapides là où une caractérisation plus longue aurait pu donner lieu à un attachement plus profond. Pourtant, il semble difficile de reprocher au film sa longueur car celui-ci maintient un rythme soutenu et n’est pas avare en action.

The Predator n’a pas l’aura de son illustre prédécesseur mais ravive un esprit 90’s que le cinéma perd et que Shane Black ravive aussi souvent qu’il passe derrière la camera. Vous ne serez pas épaté par The Predator mais c’est un bon moment à passer.     

The Night Comes For Us (2018)

Pour ne rien vous cacher, si Mad Max Fury trône dans la hiérarchie des meilleurs films d’action de la dernière décennie, c’est bien le dyptique survolté de Gareth Evans The Raid qui m’a le plus marqué. Déferlante fracassante de scènes d’action qui repoussent sans cesse les limites de l’élégance et de la violence. On se souvient du final de The Raid 2 où son héros, à bout de souffle, toise la caméra pour marquer une pause. Pause qui se poursuit dans la réalité par le biais d’une longue attente pour The Raid 3 pendant que son réalisateur s’offre un nouveau projet sous la bannière du géant Netflix. The Night Comes for us arrive à point nommer et parvient à reproduire l’intensité de The Raid grâce notamment à la présence de têtes connues et offre au catalogue Netflix, son meilleur film pour le moment.

Un commando appelé les six mers et formé de guerriers aguerris que la triade charge de mission extremes pour réguler un traffic de drogue colossal. Quand un de ses hommes refusent de tuer une petite fille, il s’attire les foudres de la triade et part en croisade pour tenter d’apporter un peu de justice dans un monde régit par le chaos.

Qu’on se le dise, la trame narrative est assez convenue et légère dans son approche des personnages. Qu’on se le dise aussi, regarder ce film c’est avant tout pour ses chorégraphies stratosphériques. On retrouve ainsi le duo/duel de The Raid 2 avec l’immense Iko Uwais et Joe Taslim qui se livrent corps et âmes dans des combats d’une violence inouïe. L’importance des combats dans l’action n’a d’égal que la minutie des combinaisons offertes. L’utilisation du décor rappellera The Raid et ses scènes dans des couloirs étriqués où le mouvement ne s’arrête jamais, où la lutte à mort ne s’arrête qu’après d’intenses souffrances. On notera la part belle offerte à des personnages féminins charismatiques et dont les combats apportent une variation esthétique remarquable. Une esthétique que la réalisation sublime. Les lents déplacements de caméra et la photographie aux teintes survitaminées apportent une immersion visuelle salutaire. Du fond de la barbarie de ces guerriers dingues surgit parfois une beauté antinomique. Ce point rappelle fortement la maestria de Gareth Evans.

A l’inverse de son illustre prédécesseur, le film se perd parfois dans sa violence et oublie l’aérien qui fait de The Raid une saga de grande ampleur. En effet, à trop vouloir montrer des choses folles et insoutenables (le cutter qui casse dans la bouche ou les intestins qui sortent du ventre d’une femme). Cette lourdeur perd parfois le spectateur qui pourra détourner les yeux ou se lasser. Il faut tout de même noter que cela ne représente pas la totalité du film et que le reste….est jubilatoire.

Imparfait mais totalement jouissif, The Night Comes for Us est un film d’arts martiaux impitoyable à la technique remarquable. J’attends maintenant que Gareth Evans ressuscite Rama et nous offre la conclusion que The Raid mérite.

Thunder Road (2018)

C’est durant des funérailles que l’on découvre un homme atypique. Le policier Jimmy Arnaud s’apprête à parler durant les obsèques de sa mère. Si le départ de son discours augure d’un hommage sincère et touchant, rapidement la situation vire à la mauvaise farce. L’homme divague presque et se met carrément à danser sous le regard d’une assemblée que l’on imagine prise au dépourvue. Pourtant, on ne verra jamais entièrement celle-ci, comme on ne verra que rarement d’autres personnages, car le film se focalise sur Jim et sa gestion d’une vie compliquée.

Le nombrilisme d’apparence du film, qui tourne autour de l’acteur, réalisateur, scénariste Jim Cummings, pourrait laisse penser que l’on est en présence d’une oeuvre qui n’a pour seul but que de mettre en avant son créateur. Pourtant, et de manière parfois maladroite, c’est une gestion de la difficulté d’être soi-même que traite le film. Etre quelqu’un qui ne s’adapte pas aisément aux autres, à certains codes ou façon de penser. Le debut du film démontre un talent certain pour le slowburn chez Cummings. Il s’agit d’un type d’humour où l’on annonce un sujet de base et l’on dévie sans cesse. Cette technique est utilisée durant tout le film. Pendant l’enterrement, Arnaud évoque sans cesse des anecdotes, des éléments et dévie de son fils conducteur pour finir noyer par sa maladresse. Il évoque ainsi sa vie et nous permet de découvrir l’homme qu’il est et comment sa vie en est arrivée là. Ce genre de narration et de parlé amènent le film dans sa contradiction émotionnelle (qui est une force) car dans l’amas de mauvaises choses qui arrivent à notre héros (licenciement, solitude, mis à l’écart), il offre des moments d’humour noir remarquables. On pense à la scène où il se retrouve en slip sur un parking en réussissant à évacuer certains de ses tourments ou encore ses multiples piques. Par exemple ce running gag où il répond à la question :

Qui danse à des funérailles ?

toujours par la même réponse :

Les gens ont trouvé ça normal.

Bien entendu, le film n’est pas parfait mais il est à l’image de son héros : doux, triste et bourré de bonnes intentions. Avec ce personnage marginal, Jim Cummings parvient à évoquer le quotidien de nombreuses personnes. En effet, ses malheurs sont parfois la cause de sa bêtise et/ou sa maladresse mais il y a aussi une grosse part de malheur. On pense à cette mère qui ne parvient pas à communiquer à ses enfants ou encore une enfant qui ne voit pas en son père celui qu’elle aimerait voir. Toutes choses mises bout à bout sont le lots commun de beaucoup mais le film n’en oublie pas les éclaircies apportées par l’espoir. Celui-ci se trouvant sous des formes diverses : un père qui apprend un jeu pour faire plaisir à sa fille, un ami qui vient vous remonter le moral ou plus dur, votre enfant qui revient vers vous. A la frontière des genres, Thunder Road parlera à beaucoup de personnes pour peu que la narration fragmentées ne les rebute pas.

Thunder Road n’est pas du tout un film maîtrisé ni magistral. Il est l’image de ces gens qui se heurtent sans cesse à leurs erreurs et la dureté de la vie mais qui s’accrochent, porté par un espoir fou. Oeuvre touchante et sincère, le film est un coup en plein coeur.

Détective Dee : La légende des rois célestes (2018)

La légende des rois célestes est le troisième volet des aventures du détective lancées par deux premiers opus aux qualités nombreuses. D’une part, des enquêtes bien ficelées et retorses. D’autre part, une reconstitution historique couplée à des chorégraphies aériennes et sublimes qui offrent des moments épiques. Ici, la recette est reprise mais avec une maitrise accrue que l’on se doit de saluer.

Après avoir été honoré par l’empereur, Dee se voit offrir l’épée Dragon Docile et s’attire la méfiance de l’imperatrice qui veut la récupérer. Elle engage une escouade de magiciens douteux et lance alors une chasse contre Dee qui va bouleverser l’empire.

Tsui Hark n’est pas un débutant en matière de film à grand spectacle et les deux premiers opus en sont un parfait exemple. En effet, la première chose qui frappe dans le film est le travail visuel remarquable opéré. Festival de couleurs continu, La légende des rois célestes brille grâce à une vivacité qui se retrouve dans la minutie des chorégraphies et la multitudes de scènes de combats jouissives. Très aériennes, ces dernières sont un exemple tant elles sont parfaitement lisibles même lorsque des dizaines de combattants entre en jeu. On apprécie les fulgurances de Dee armé de son bâton dans les débuts du film ou encore les envolées de Yuchi et ses deux épées. Spectacle complet, l’oeuvre ajoute en plus une déferlante d’effets visuels grandioses : l’apparition d’un monstre géant avec des yeux sur tout le corps ou encore le gorille géant sont autant d’éléments qui renforcent l’immersion dans cet univers. 

Et on ne peut que saluer le travail opéré sur les décors. Une minutie qui se retrouve dans le cérémonial omniprésent qui apporte à l’oeuvre l’ampleur qu’elle mérite. On notera aussi une large galerie de personnages qui laisse place à des sous-intrigues lorgnant sur un amour naissant et la loyauté notamment. C’est d’ailleurs  l’une des forces du film car on passe d’un genre à un autre en un claquement de doigt. Il y a d’abord l’enquête avec une méthodologie qui rappelle un certain Holmes puis on pense au film d’action avec des combats intenses. Ces bascules de genre entretiennent un suspens qui jamais ne décroît au cours des 2h30 que dure l’aventure. D’ailleurs, les nombreuses thématiques abordées apportent au film une profondeur narrative appréciable et laisse penser qu’un quatrième volet verra le jour afin d’approfondir les trames mises en route (La maladie de Dee notamment). Il est d’ailleurs recommandé de rester à la fin de la séance pour de petites scènes sympathiques et qui évoquent, entre autre, la suite des événements. 

Spectacle total, Le légende des rois célestes est le joyau de la trilogie de Tsui Hark. Un film vivant et qui offre de nombreux grands moments. Une des belles surprises de cette année.

The Guilty (2018)

On se souvient encore de BuriedRyan Reynolds tenait le spectateur en haleine enfermé dans un cercueil sous terre. The Guilty entreprend un chemin similaire puisque son intrigue se déroulera entièrement au travers d’appels téléphoniques qui feront évoluer le film dans un climat, il faut le dire, anxiogène au possible.

Asger Holm est un agent du service d’appels d’urgence 112. Il reçoit les appels de personnes en détresse et au besoin transfert les informations aux services de police ou médicaux qui prennent le relais. Au cours d’une soirée particulière pour lui, Asger reçoit un appel d’une femme victime d’un kidnapping et voit sa soirée prendre un tournant radical.

Sans révéler les tenants et aboutissants de la trame, il faut commencer par évoquer le remarquable procédé utilisé. En effet, le film parvient à dérouler ses événements par le seul biais d’appels. A ce titre, le travail sur le son est saisissant de précision tant chaque émotion véhiculée prend le spectateur aux tripes. La détresse d’Iben, la peur de la petite Mathilde et la colère de Rashid sont autant de moments que l’on vit comme si les personnes nous étaient familiers. Cette proximité tient aussi au déroulement de l’intrigue qui joue sur l’ambiguïté de son personnage principal. En effet, le poste qu’occupe Asger est le résultat d’une sanction disciplinaire dont les causes se dévoilent par petits bouts faisant de cet homme un etre dur à lire. Son abnégation devant le kidnapping révèle à la fois sa bonne volonté dans le travail mais aussi un rejet des procédures. Un anti-héros dont la rage intérieur n’a de cesse de croitre et s’accapare l’écran.

The Guilty pourrait certes paraitre limité de part sa structure et son procédé narratif mais il n’en est rien. En effet, la réflexion que porte le film sur la vision que nous avons les uns des autres est totalement pertinente. Nous découvrons Asger et on ne peut que le détester de prime abord : arrogant, expéditif dans ses appels et même moqueur. Il n’a pas les qualités nécessaires à sa tache complexe. Pourtant, l’affaire qu’il va prendre en charge va révéler ses qualités humaines : abnégation, capacité à réconforter une enfant perdue et même parler à coeur ouvert dans un film déchirant. The Guilty parvient en moins d’une heure trente à extraire la complexité des êtres et l’irrationalité qui parfois nous anime.

Pari osé que celui de tenir tout du long une forme narrative cloisonnante, The Guilty confine le spectateur à l’agoisse en déroulant une trame forte et riche en émotion.